Thailande : médecine traditionnelle, soins et remèdes naturels (interview)

Thailande : médecine traditionnelle, soins et remèdes naturels (interview)

Cet été 2017, j’ai eu la chance de passer deux mois en Thailande : Koh Lanta, Chiang Mai, Pai, puis Koh Samui… j’ai documenté mon voyage sur instagram. Je suis partie à la rencontre des traditionnelles locales, massages, plantes et soins, vous pouvez retrouver ici mon article ici sur Tao Garden à Chiang Mai et sur Good Life Dacha école de fermentation à Pai. J’y retournerai en février 2018, dans d’autres villes 😉

Là-bas, je me suis beaucoup interrogée sur la place de la médecine ancestrale face à la nouvelle médecine qui gagne du terrain un peu partout, j’ai donc proposé une interview à No, fondateur de Jaidee, école de massage à Paris,  ainsi qu’à Bénédicte Binninger, praticienne en massage thailandais installée à Strasbourg. Merci à tous les deux ! (leurs coordonnées sont en fin d’article). Ils nous parlent de l’histoire passionnantes des différentes médecines en Thailande, de leurs lieux favoris pour prendre soin de soi, des remèdes les plus courants… On part en voyage :

 

Quelle est la place de la médecine naturelle aujourd’hui en Thailande et de la médecine conventionnelle ?

La réponse va dépendre du contexte culturel, socio-économique et géographique de la personne malade. De plus en plus de départements de médecine traditionnelle thaïe s’ouvrent dans les hôpitaux où était jusqu’alors pratiquée exclusivement la médecine allopathique. Aujourd’hui un thaï sur deux (un peu moins) vit toujours en milieu rural où les médicaments ne sont pas toujours facilement trouvables, coutent chers et ne sont pas forcément plus efficaces que les remèdes traditionnels qui coûtent peu, sont manufacturables sur place, renforcent la communauté et promeuvent la résilience du village qui ne dépend alors pas d’un savoir étranger qu’il ne maitrise pas ni de médicaments qu’il n’a pas.

Le degré d’acceptation ou de reconnaissance de la médecine thaïe et le niveau de formation de ses praticiens sont intrinsèquement liés aux politiques étatiques. Voici un bref historique qui explicitera les relations complexes entre gouvernement, praticiens, savoirs et influences étrangères : en 1890 ouvrait la première faculté de médecine avec curriculum en médecine conventionnelle (allopathique) à Siriraj Hospital. A l’époque l’enseignement comportait médecine traditionnelle et médecine allopathique. En 1915 l’enseignement traditionnel est abandonné et les conditions d’existence des docteurs traditionnels (les masseurs en faisant partie) empirent jusque dans les années 70 (allant jusqu’à l’interdiction d’exercer). Mais combien de générations sont nécessaires pour qu’un savoir de transmission majoritairement orale s’éteigne ? Juste une !

Dans les années 70 le gouvernement thaï se réveille et se rend compte de l’intérêt des touristes pour le massage, des grands groupes pour les plantes médicinales thaïes (aujourd’hui) et essaie à la fois de tirer profit, valoriser ou protéger ces patrimoines. Avec la crise asiatique de 1997, il prend conscience de cette dépendance croissante envers les médicaments farang brevetés, qui coûtent chers, qu’il faut importer… alors qu’un savoir médical est déjà là. Il s’agit alors de sauver la médecine thaïe de l’oubli ! Le gouvernement demande aux praticiens d’envoyer des supports pédagogiques ou des documents historiques s’ils en possèdent. Beaucoup n’envoient rien. De ce qui est envoyé, le gouvernement trie le savoir acceptable du non-acceptable et le standardise. Cette standardisation marque à l’heure actuelle la fracture entre praticiens reconnus par le gouvernement thaï à qui on a enseigné un savoir « tronqué » et les praticiens non reconnus, n’ayant pas effectué le cursus standard accrédité par l’Etat (line 1, line 2… mais pas que !). A noter que cette standardisation n’est pas arrêtée, elle se poursuit.

 

Les Thaïlandais semblent-il faire plus confiance à l’une ou l’autre des médecines ?

Est-ce que les thaïlandais révisent pour leurs examens ou pensent-ils que s’ils ont assez de bon karma accumulé, ils réussiront et qu’ils peuvent se passer de révisions ? Ils font les deux : ils révisent et le matin de l’examen, offrent quelque chose à quelqu’un (Bouddha, des esprits, Ganesh, leurs ancêtres, etc…).  Je pense que cet état d’esprit se retrouve quand les Thaïlandais sont malades : ils peuvent prendre des médicaments mais se tournent en plus vers un médecin traditionnel pour prendre des plantes, changent leurs habitudes alimentaires, se font faire un massage,…
Soit ils sont très occidentalisés et ils ont pris un traitement allopathique qui n’a pas marché. En retournant voir mamie en province, ils essaient la voie traditionnelle.
Soit ils sont à la campagne, il n’y a pas de médecin allopathique, ils prennent un traitement traditionnel.
Y a-t-il un médecin traditionnel avec une très bonne réputation aux alentours ? Le remède conventionnel est accompagné de pratiques traditionnelles et il peut y avoir pratiques traditionnelles sans remède conventionnel.
Et il faut prendre en compte également la réticence des Thaïs à voir une partie de leur corps enlevée ! (dûe à une croyance animiste). Souffrir : oui, être opéré : non !

Je pense que pour répondre à cette question, il faut prendre en compte un aspect culturel très important : le rapport qu’entretiennent les Thaïs avec la « thainess », en anglais, le fait d’être thaï. Cette thainess dans la version véhiculée par l’Etat promeut (en simplifiant) l’idée que ce qui est « thaï » est supérieur à ce qui ne l’est pas (farang par exemple).
En conséquent, même si un Thaï pense que le médicament est efficace (pourquoi pas ?), il peut rechercher la médecine thaïe pour augmenter ses chances. Bien sûr son choix sera influencé par son niveau de vie, sa représentation sa culture, s’il vit à la campagne ou en ville, s’il est très exposé à la culture occidentale, etc…

 

Quelles destinations choisir pour prendre soin de soi en Thailande ?

La Thailande est un très beau pays et assez diversifié, que ce soit dans le sud avec toutes ses îles et plages paradisiaques ou dans le nord, avec une nature très verte et une population plus rurale, on s’y sent bien assez partout, il y en a pour tous les goûts. Les Thailandais sont très accueillants et souriants donc c’est assez facile de se sentir bien. Pour prendre soin de moi, je choisirais plûtot le nord , et en particulier Chiang Mai. C’est un endroit qui tend de plus en plus vers le bien-être, je l’ai constaté au fil des années (cela fait 15 ans que j’y retourne chaque année).  C’est une ville à taille humaine ou l’on peut se déplacer facilement à pied, on y trouve de plus en plus de centres de bien-être qui proposent des pratiques autour du développement personnel. Yoga, Chi Gong, danse contact, acupuncture, cuisine végan, culture bio, cours de cuisine, …

Chiang Mai a toujours été la plateforme des écoles de massage, tous les grands Maitres appelés « Ajarn » enseignent là bas. Ils n’apprennent pas seulement la technique mais aussi un éveil spirituel indispensable pour pratiquer le massage thai. Particulièrement chez Pichest Boonthumme, mon école de prédilection où je retourne tous les ans pour continuer à approfondir mon apprentissage. Pichest est l’un des dernier grand maitre de massage thai vivant, un vrai maitre, un chaman aussi, qui a une transmission à l’ancienne. Il enseigne le bouddhisme aussi dans une grande pièce chez lui qu’il a transformé en un temple bouddhiste. Il soigne grâce l’herboristerie, les pratiques rituelles chamaniques et bouddhistes (avec l’utilisation de prières, mantras et méditation), la diététique,  le yoga thaï, les soins prénataux,  les pratiques de désintoxication…

Au sujet des massages : il y a une multitude de centres de massage à tous les coin de rue. Chacun offre des massages assez différents, du massage que j’appelle « pour les touristes », où la personne s’allonge sur le ventre puis sur le dos, avec beaucoup de compression et d’étirement. En général les masseuses ne sont pas très concentrées et elles suivent un protocole unique et calibré, le même massage pour tout le monde , c’est du massage à la chaîne, souvent allongé dans la même pièce avec d’autres clients. Par curiosité, j’aime bien tester ce genre de salon car de temps en temps vous pouvez tomber sur une masseuse qui a une bonne main et qui vous donnera un massage très relaxant, il faudra retenir son nom pour la fois prochaine.
Si vous ne voulez pas prendre de risque je vous déconseille ce genre de salon ou alors, juste prendre un foot massage (massage des pieds) ou un massage à l’huile.
Quelque adresse sérieuses : Saija , LILA massage (femmes ex-prisonnières), Blind massage (par des aveugles).

Mais en général, j’ai mes adresses, je vais voir plûtot les masseurs indépendants qui travaillent chez eux , souvent ils donnent aussi des cours. Pour moi ce sont des personnes très humbles qui ont une grande connaissance votre corps. Ce sont aussi des personnes que je respecte car elles aiment leur travail et sont très généreuses. Et y a aussi les thérapeutes qui ont très grandes connaissances du corps et de ses maux, ce sont de vrais thérapeutes qui sont diplômés d’une école de massage médicale : Suwat Tong, Thanachai Sinchai.

Chiang mai est aussi réputé pour sa cuisine ! On peut y manger à toute heure de la journée, des plats délicieux typique ou même moderne, de la nourriture saine et bonne pour l’esprit. Et lors de mes temps libre j’aime bien aller au sauna/ hammam aux plantes médicinales, mais aussi visiter des temples bouddhistes pour nettoyer mon énergie et mon esprit. Et bien sur faire des ballades dans les villes proche de la nature, comme Chiang Dao ou Pai, très reposant pour se ressourcer avec la nature.

 

Quels sont les traitements principaux de la médecine traditionnelle thailandaise ?

La médecine thaïe se divise en plusieurs branches :
– les thérapies internes : diététique, plantes,…
– les thérapies externes : massage, ventouses (sèches et humides), reboutement, compresses, saunas (secs ou humides avec des plantes), tok sen, le grattage comme le gua sha chinois, saignée, liniments et baumes, …
– la médecine liée aux esprits : mantras, tatouages, évocations..
– les sciences de divination : astrologie, chiromancie, géomancie,…
– le boudhisme comme science de l’esprit, du mental : la doctrine, les méditations…
– et un peu à part de ces catégories, la maïeutique.

 

Savez-vous si la naturopathie est reconnue en Thailande ? Et quelles sont les autres pratiques thérapeutiques naturelles qui le sont ?

La naturopathie est allée « pêcher » pas mal de choses en Asie mais la médecine thaïe a pour ainsi dire « déjà tout sur place », avec une théorie médicale propre (trop long à expliquer ici). Les Thaïs utilisent des traitements communs à la naturopathie mais s’y réfèrent comme à leur médecine traditionnelle. La différence est liée à l’utilisation de la théorie médicale thaïe qui englobe de nombreux concepts, différents de la naturopathie. La médecine chinoise est également utilisée.

 

Quelles sont les 3 plantes ou remèdes qui sont les plus utilisées par les Thaïlandais pour prendre soin d’eux ?

Les prières journalières pour les esprits de la maison aux esprits, les ancêtres… qui influent indéniablement l’état d’esprit !
Un type de gingembre appelé Plai ou zingiber cassumunar.
Le massage.
Enfin, manger ou boire certaines choses quand vous souffrez de certaines pathologies.

 

 

Un grand merci à No et Bénédicte pour leurs réponses qui nous permettent de comprendre un peu mieux la Thailande et ses trésors de soins

JAIDEE MASSAGE
Centre et Ecole de formation massage
25, rue du Général Foy 75008 Paris
01 42 71 91 31 – contact@jaidee.fr

Bénédicte Binninger
Massage Traditionnel Thaï
10 rue de la Râpe
67000 Strasbourg
www.nuadphaenthai.com
06.52.84.88.85

 


Commentaires

  1. Bonjour, merci pour ce très bon article !
    Il y a la Sirichan Clinic à Chiang Mai. Les cours sont donnés par Dr Nooy, des techniques rares, absolument incroyables et efficaces. La pratique se fait sur des clients qui viennent, donc du bonum (On peut la trouver sur Fb et sur internet)
    Il y a aussi une doctoresse aux Alentours de Doi Saket, tout le monde l’appelle Mê Mô (mère des docteurs),elle travaille avec sa fille doctoresse également, une légende vivante.On peut y suivre des cours, si l’on est accepté(e). On reste en tant qu’interne dans la clinique et pratique également sur les clients qui viennent (de toute la Thaïlande et au delà). Introuvable sur Internet.

    • Anne-Claire Meret : novembre 16, 2017 at 4:50

      Merci pour votre commentaire ! C’est très intéressant, je vais regarder de plus près ce qu’ils proposent pour un prochain séjour.
      Bien à vous,
      Anne-Claire

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